Saison des semailles le soir

 

C’est le moment crépusculaire.

J’admire, assis sous un portail,

Ce reste de jour dont s’éclaire

La dernière heure du travail.

Dans les terres, de nuits baignées,

Je contemple, ému les haillons

D’un vieillard qui jette à poignées

La moisson future aux sillons.

Sa haute silhouette noire

Domine les profonds labours.

On sent à quel point il doit croire

A la fuite utile des jours.

 

Il marche dans la plaine immense,

Va, vient, lance la graine au loin,

Rouvre sa main, et recommence,

Et je médite, obscur témoin,

 

Pendant que déployant ses voiles,

L’Ombre, où se mèle une rumeur,

Semble élargir jusqu’aux étoiles

Le geste auguste du semeur.

Saison des semailles le soir

 

C’est le moment crépusculaire.

J’admire, assis sous un portail,

Ce reste de jour dont s’éclaire

La dernière heure du travail.

Dans les terres, de nuits baignées,

Je contemple, ému les haillons

D’un vieillard qui jette à poignées

La moisson future aux sillons.

Sa haute silhouette noire

Domine les profonds labours.

On sent à quel point il doit croire

A la fuite utile des jours.

 

Il marche dans la plaine immense,

Va, vient, lance la graine au loin,

Rouvre sa main, et recommence,

Et je médite, obscur témoin,

 

Pendant que déployant ses voiles,

L’Ombre, où se mèle une rumeur,

Semble élargir jusqu’aux étoiles

Le geste auguste du semeur.

Victor HUGO 1865

citation de Maupassant extraite de » Toine « 

Aucun bruit dans la forêt que le frémissement léger de la neige tombant sur les arbres. Elle tombait depuis midi; une petite neige fine qui poudrait les branches d’une mousse glacée, qui jetait sur les feuilles mortes des fourrés un léger toit d’argent, étendait par les chemins un immense tapis moelleux et blanc, et qui épaississait le silence illimité de cet océan d’arbres.

Les Conquérents

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal
Fatigués de porter leurs misères hautaines,
De Palos de Moguer, routiers et capitaines
Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal.

Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango murit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde occidental.

Chaque soi, espérant des lendemains épiques
L’azur phosphorescent de la mer des Tropiques
Enchantait leur sommeil d’un mirage doré;

Où, penchés à l’avant de blanches caravelles,
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l’Océan des étoiles nouvelles.

José-Maria de Hérédia

Les Amis trop d’accord – fable XV d’Antoine Houdar de la Motte 1719

Les Amis trop d’accord

Il était quatre amis qu’assortit la fortune;

Gens de goût et d’esprit divers.

L’un était pour la blonde, et l’autre pour la brune ;

Un autre aimait la prose, et celui-là les vers.

L’un prenait-il l’endroit ? L’autre prenait l’envers.

Comme toujours quelque dispute

Assaisonnait leur entretien,

Un jour on s’échauffa si bien,

Que l’entretien devint presque une lutte.

Les poumons l’emportaient, raison n’y faisait rien.

Messieurs, dit l’un d’eux, quand on s’aime,

Qu’il serait doux d’avoir même goût, mêmes yeux !

Si nous sentions, si nous pensions de même,

Nous nous aimons beaucoup, nous nous aimerions mieux.

Chacun étourdiment fut d’avis du problème,

Et l’on se proposa d’aller prier les dieux

De faire en eux ce changement extrême.

Ils vont au temple d’Apollon

Présenter leur humble requête ;

Et le dieu sur le champ dit-on,

Des quatre ne fit qu’une tête :

C’est-à-dire qu’il leur donna

Sentiments tout pareils et pareilles pensées ;

L’un comme l’autre raisonna.

Bon, dirent-ils, voilà les disputes chassées

Oui, mais aussi voilà tout charme évanoui ;

Plus d’entretien qui les amuse.

Si quelqu’un parle, ils répondent tous, oui.

C’est désormais entre eux le seul mot dont on use.

L’ennui vint, l’amitié s’en sentit altérée.

Pour être trop d’accord, nos gens se désunissent,

Ils cherchent enfin, n’y pouvant plus durer,

Des amis qui les contredisent.

C’est un grand agrément que la diversité.

Nous sommes bien comme nous sommes.

Donnez le même esprit aux hommes ;

Vous ôtez tout le sel de la société.

L’ennui naquit un jour de l’uniformité.

Antoine Houdar de la Motte – Fables nouvelles 1719

Extrait du livre : «  La poésie française pour LES NULS  »

De Jean-Joseph JULAUD  – FIRST Editions 2010

Comentaire sur « la bourrasque »

Il est souvent question de savoir si la dégradation du temps est due à l’homme ou à la nature. Quand ont lit le poème ci dessous  on ne peut tout de même pas trancher si simplement !!

Lemmièrre poète de la fin du 18e début du 19e siècle nous montre que la population a été obligée de fuir des zones ravagées par le mauvais temps, nous ne pouvons pas dire non plus que l’homme n’abîme pas la nature !!!

Pourquoi toujours résonner en noir et blanc, sans nuance ??? La vie est plus compliquée que ça !!!! Pour ma part je revendique les points de vue contradictoires,  la possibilité d’aimer quelque chose, quelqu’un sans pour autant refuser son contraire.

Allez-y donnez moi votre avis sur ce commentaire, ça m’intéresse.

Solstice

Solstice :

  • ÉTYM. V. 1265; solsticium, v. 1119; lat. solstitium, de sol «  soleil  », et stare «  s’arrêter  », parce que le Soleil semble être stationnaire pendant quelques jours.
  • v
  • 1  Cour.Solstice d’hiver* (21 ou 22 déc.), solstice d’été* (21 ou 22 juin) : jours, respectivement le plus court et le plus long de l’année (è Saison).
  • 1  Ce qui se déploie en lui (Jaurès), c’est une vision du mouvement de l’année. Le rythme processionnel des quatre saisons. La vie de l’humanité suspendue elle-même aux clous d’or des solstices. Le temps des moissons. Le temps des fruits.
  • J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. IV, xxiii, p. 254.
  • 2  (1756). Astron. Chacune des deux époques où le Soleil* atteint son plus grand éloignement angulaire du plan de l’équateur; point de l’écliptique qui y correspond (→ Gnomon, cit. 1; inégal, cit. 1). | Les solstices sont sur le diamètre de l’écliptique* perpendiculaire à la ligne des équinoxes*.Colure* des solstices. — Figuré, littéraire :
  • 2  Mais certains défauts, certaines qualités sont moins attachés à tel individu, à tel autre, qu’à tel ou tel moment de l’existence considéré au point de vue social. Ils sont presque extérieurs aux individus, lesquels passent dans leur lumière comme sous des solstices variés, préexistants, généraux, inévitables.
  • Proust, le Temps retrouvé, Pl., t. III, p. 970.
  • v
  • DÉR. Solsticial.

SOLSTICE [sol-sti-s’] s. m. Littré

Terme d’astronomie. Temps où le soleil, étant le plus éloigné de l’équateur, paraît stationnaire pendant quelques jours. Le solstice d’hiver arrive quand le soleil est au tropique du Capricorne, ce qui fait le jour le plus court de l’hiver ; et le solstice d’été, lorsqu’il est au tropique du Cancer, ce qui donne le plus long jour de l’été. ♦ Je ne sais par quelle condescendance pour les coutumes romaines il [Jules César] commença l’année au temps où elle ne commence point, huit jours après le solstice d’hiver, VOLT., Dict. phil. almanach. ♦ Dès le temps de Jules César, le solstice civil, politique, fut fixé au 25 décembre ; c’était à Rome une fête où l’on célébrait le retour du soleil, VOLT., ib. Noël. ♦ Les points des équinoxes et des solstices étaient déterminés par le lever et le coucher des étoiles, BAILLY, Hist. astr. anc. p. 190 ♦ La première observation grecque, ou du moins la plus ancienne qui ait été conservée, est celle du solstice d’été, faite par Euctémon et par Méton l’an 432, BAILLY, ib. p. 226 ♦ En observant assidûment les solstices et les équinoxes, Hipparque s’aperçut aisément que ces points ne divisaient pas l’année en parties égales, BAILLY, Hist. astr. mod. t. I, p. 86 ♦ Pourquoi connaît-il [l’animal] les vents et les marées, les équinoxes et les solstices ?, CHATEAUBR., Génie, I, V, 9

Fig. ♦ Cet ordre heureux fit régner la justice, Et fut pour nous l’époque et le solstice Du vrai bonheur, qui, depuis ces beaux jours, Fut de la terre exilé pour toujours, J. B. ROUSS., Allég. II, 4 ♦ L’âge mûr, à son tour, solstice de la vie, S’arrête et sur lui-même un instant se replie, DELILLE, Imag. VI

ÉTYMOLOGIE

Lat. solstitium, de sol, soleil, et stitium, pour statium, de stare (voy. STABLE).

l’ AUBE – Citation du « Robert »

1. aube [ob] n. f.

1 Première lueur du soleil levant qui commence à blanchir l’horizon.
• Par ext. Moment de cette lueur.  Point (du jour); jour (le jour point…; jour naissant; première clarté, premières lueurs du jour), matin. | L’aube se lève, paraît. | L’aube précède l’aurore.  Aurore, crépuscule (du matin). | Dès l’aube : de très bonne heure.  Chant (au chant de l’alouette, au chant du coq); potron-jaquet, potron-minet (dès).

1 Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose (…)
Quand l’aube de ses pleurs au point du jour l’arrose.
RONSARD, les Amours de Marie, II, 4.


2 L’aube du jour arrive, et d’amis point du tout.
LA FONTAINE, Fables, IV, 22.


3 Et du temple déjà l’aube blanchit le faîte.
RACINE, Athalie, I, 1.


4 L’aube pâle a blanchi les arches colossales.
HUGO, Ballades, 14.


5 L’aube paraissait à peine; tout était encore baigné du sombre de la nuit.
HUGO, Quatre-vingt-treize, IV, 1, 2.


6 L’aube sur les grands monts se leva frémissante.
HUGO, la Légende des siècles, X, « Le jour des Rois », 1.


7 Après la froide nuit, vous verrez l’aube éclore.
HUGO, la Légende des siècles, IX, « L’Islam ».


8 L’aube était encore indécise, le ciel gardait une couleur métallique (…)
MARTIN DU GARD, les Thibault, t. I, p. 63.


8.1 L’aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres.
ÉLUARD, l’Amour la Poésie, Pl., t. I, p. 232.


8.2 Mais déjà, en ces quelques instants, l’aube tropicale, qui est d’une brièveté saisissante, avait fait place à l’aurore.
J. KESSEL, le Lion, p. 13.


8.3 Au ras de l’horizon, une longue lueur grise commençait à s’étendre : l’aube, avec son reflet lunaire sur les nuages très élevés du zénith, comme si elle allait apparaître au milieu du ciel.
MALRAUX, Antimémoires, Folio, p. 371.


9 Jeunes amours, si vite épanouies,
Vous êtes l’aube et le matin du cœur.
HUGO, les Contemplations, I, 11.


10 Je n’aime rien tant que ce qui va se produire : et jusque dans l’amour, je ne trouve rien qui l’emporte en volupté sur les premiers sentiments. De toutes les heures du jour, l’aube est ma préférée. C’est pourquoi je veux voir avec une tendre émotion, poindre sur cette vivante, le mouvement sacré.
VALERY, l’Âme et la Danse, p. 35.


10.1 (…) le pommeau de sa canne remonte à l’aube du siècle (…)
Alain BOSQUET, les Bonnes Intentions, p. 62.


11 Au tiers jour, à l’aube des mouches, nous apparaît une île (…)
RABELAIS, le Quart Livre, 9.

Le HOUX toujours vert

Pour échapper à la colère d’Hérode, qui voulait éliminer Jésus, en faisant massacrer tous les enfants mâles de moins de deux ans, Marie, Joseph et leur enfant furent contraints de fuir en Egypte.

Pour les nourrir et les désaltérer le palmier se baissa leur offrant ses fruits, de ses racines jaillit une source.

Lorsque les soldats d’Hérode s’approchèrent dangereusement, le houx, à son tour, a étendu ses branches pour cacher, mère, père et enfant.

Marie reconnaissante le bénit en disant que le houx resterait toujours vert, symbole d’immortalité.

Narcisse

« 
Narcisse (mythologie), dans la mythologie grecque, beau jeune homme, fils du dieu-fleuve Céphise et de la nymphe Liriopé. Narcisse, dont la très grande beauté attirait les femmes, repoussait systématiquement leurs avances. La nymphe Écho, éprise de Narcisse, mais condamnée par Héra à ne plus parler si ce n’est répéter ce qu’on lui disait, ne put lui dévoiler son amour. Mais un jour Narcisse, perdu dans les bois et séparé de ses compagnons, criait : «!Il y a quelqu’un ici!?!» et Écho de répondre : «!Ici, ici!». Ne pouvant la voir au milieu des arbres, Narcisse cria : «!Viens!!!». Écho répondit «!Viens, viens!» et sortit du bois en tendant les bras. Narcisse repoussa l’amour d’Écho et, humiliée, elle se réfugia dans une grotte où elle se consuma jusqu’à ce qu’il ne reste plus que sa voix. Pour punir Narcisse, la déesse vengeresse Némésis le rendit amoureux de son propre visage. Aussi quand il vit son reflet, fasciné et incapable de se séparer de son image, il dépérit peu à peu. À l’endroit de son corps, une belle fleur se mit à pousser, honorant le nom et la mémoire de Narcisse.
« 

Paul ELUARD – l’Amour la Poésie

je te l’ai dit pour les nuages

je te l’ai dit pour l’arbre de la mer

Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles

Pour les cailloux du bruit

Pour les mains familières

Pour l’oeil qui devient visage ou paysage

Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur

Pour toute la nuit bue

Pour la grille des routes

Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert

je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles

Toute caresse toute confiance se survivent.

________________________________________________

La terre est bleue comme une orange

Jamais une erreur les mots ne mentent pas

Ils ne vous donnent plus à chanter

Au tour des baisers de s’entendre

Les fous et les amours

Elle sa bouche d’alliance

Tous les secrets tous les sourires

Et quels vêtements d’indulgence

A la croire toute nue.

Les guêpes fleurissent vert

L’aube se passe autour du cou

Un collier de fenêtres

Des ailes couvrent les feuilles

Tu as toutes les joies solaires

Tout le soleil sur la terre

Sur les chemins de ta beauté.

Extrait de : Anthologie de la Poésie française du XXème siècle

La bourrasque d’été

Jean François de St LAMBERT (1716 – 1803)

LA BOURRASQUE D’ÉTÉ

Les cris de la corneille ont annoncé l’orage;

Le bélier effrayé veut rentrer au hameau

Une sombre fureur anime le taureau

Qui respire avec force, et, relevant la tête,

Par ses mugissements appelle la tempête.

On voit à l’horizon des deux points opposés

Des nuages monter dans les airs embrasés;

On les voit s’épaissir, s’élever et s’étendre.

D’un tonnerre éloigné le bruit s’est fait entendre :

Les flots en ont frémi, l’air en est ébranlé,

Et le long du vallon le feuillage a tremblé.

Les monts ont prolongé le lugubre murmure,

Dont le son lent et sourd attriste la nature.

Il succède à ce bruit un calme plein d’horreur,

Et la terre en silence attend dans la terreur.

Des monts et des rochers le vaste amphithéâtre

Disparaît tout à coup sous un voile grisâtre;

Le nuage élargi les couvre de ses flancs;

Il pèse sur les airs tranquilles et brûlants.

Mais des traits enflammés ont sillonné la nue,

Et la foudre en grondant roule dans l’étendue

Elle redouble, vole, éclate dans les airs;

Leur nuit est plus profonde, et de vastes éclairs

En font sortir sans cesse un jour pâle et livide.

Du couchant ténébreux s’élance un vent rapide

Qui tourne sur la plaine, et, rasant les sillons,

Enlève un sable noir, qu’il roule en tourbillons.

Ce nuage nouveau, ce torrent de poussière,

Dérobe à la campagne un reste de lumière.

La peur, l’airain sonnant, dans les temples sacrés

Font entrer à grands flots les peuples égarés.

Grand Dieu ! vois à tes pieds leur foule consternée

Te demander le prix des travaux de l’année.

Hélas ! d’un ciel en feu les globules glacés

Écrasent en tombant les épis renversés;

Le tonnerre et les vents déchirent les nuages;

Le fermier de ses champs contemple les ravages,

Et presse dans ses bras ses enfants effrayés.

La foudre éclate, tombe, et des monts foudroyés

Descendent à grand bruit les graviers et les ondes

Qui courent en torrent sur les plaines fécondes.

0 récolte ! ô moisson ! tout périt sans retour;

L’ouvrage de l’année est détruit dans un jour.

Ah! fuyons ces tableaux; et, loin de ces rivages,

Allons chercher des lieux où le cours des orages,

Sans y lancer la foudre ou noyer les moissons,

A rafraîchi les airs, et baigne les sillons.

De l’écharpe d’Iris* l’éclatant météore,

Déployant dans les cieux les couleurs de l’aurore,

Y couronne les champs, où le ruisseau vermeil

Voit jouer dans ses flots les rayons du soleil.

Un reste de nuage, errant sur les campagnes,

Va s’y perdre en fumée au sommet des montagnes;

Un vent frais et léger y parcourt les guérets,

Et roule en vagues d’or les moissons de Cérès*.

On y sent ce parfum, cette odeur végétale,

Que la terre échauffée après l’orage exhale.

Le berger au berger répète ses chansons;

L’heureux agriculteur, si près de ses moissons,

Se rappelle ses soins, ses travaux, sa prudence,

Admire ses guérets*, sourit à l’abondance.

Il est content de lui, ne se repent de rien,

Et se dit, comme un Dieu :, « Ce que j’ai fait est bien ! »

Solstice d’hiver* (21 ou 22 déc.), solstice d’été* (21 ou 22 juin) :

Solstice  = jours, respectivement le plus court et le plus long de l’année .

 » Ce qui se déploie en lui (Jaurès), c’est une vision du mouvement de l’année. Le rythme processionnel des quatre saisons. La vie de l’humanité suspendue elle-même aux clous d’or des solstices. Le temps des moissons. Le temps des fruits. »


J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. IV, xxiii, p. 254
.
Cité dans le Grand Robert

Philémon et Baucis

«  Philémon et Baucis, dans la mythologie romaine, couple de paysans de Phrygie,célèbre pour leur amour mutuel.

Alors que Jupiter, père des dieux, et son messager Mercure parcouraient la Phrygie sous forme humaine à la recherche d’un repas et d’un abri, ils furent chassés de toutes parts, à l’exception du vieux Philémon et de sa femme Baucis, qui leur offrirent l’hospitalité. Pour les remercier de leur gentillesse,.

Jupiter les sauva de l’inondation qu’il avait envoyée pour punir les Phrygiens de leur cruauté et changea leur modeste chaumière en temple. Il promit aussi de satisfaire leurs moindres désirs, mais ils demandèrent uniquement à devenir prêtre et prêtresse de son temple et à mourir en même temps.

Jupiter exécuta sa promesse et lorsqu’ils furent arrivés à un âge très avancé, il transforma Philémon et Baucis en chêne et en tilleul qui avaient le même tronc pour qu’ils ne soient jamais séparés. Cet arbre merveilleux resta de nombreuses années devant le temple et était vénéré par le peuple.
« 

Rien ne naît de rien de rien

LUCRECE

 Rien ne naît de rien de rien  Ces terreurs, ces ténèbres de l’âme, il faut les dissiper.
Le soleil ni l’éclat du jour ne les transperceront,
mais la vue et l’explication de la nature.
Son principe le voici; il nous servira d’exorde.
Rien ne naît de rien, par miracle divin.
Si la peur accable ainsi tous les mortels,
c’est qu’ils observent sur la terre et dans le ciel
mille phénomènes dont les causes leur sont cachées
et qu’ils attribuent à la volonté divine.
Dès que nous aurons vu que rien ne peut surgir
de rien, nous percevrons mieux l’objet de notre quête,
d’où chaque créature tire son origine
et comment tout se fait sans nul concours des dieux.
Si de rien les choses se formaient, de n’importe quoi
toute espèce pourrait naître, nul besoin de semence.
Les hommes pourraient venir de la mer, les poissons
de la terre, du ciel jailliraient les oiseaux;
les bêtes de trait, le bétail, les fauves de toutes sortes
naîtraient indifféremment dans les champs et les déserts.
Les arbres n’auraient pas toujours les mêmes fruits
mais ils en changeraient. Tout pourrait tout porter.
Sans corps générateurs, comment les divers êtres
pourraient-ils donc avoir une mère certaine?
Mais puisqu’ils sont formés de germes définis,
aux rives lumineuses chacun naît et surgit
du lieu où résident sa matière et ses corps premiers.
Voici donc pourquoi tout ne peut naître de tout :
les choses définies recèlent un pouvoir distinct.
Pourquoi la rose en mai, les moissons aux chaleurs,
l’abandon de la vigne à l’appel de l’automne,
sinon que, certaines semences à leur saison
confluant, tout éclôt quand les temps sont venus
et que la terre vivace élève sans danger
les tendres créatures jusqu’aux rives du jour?
S’ils se formaient de rien, les êtres soudain surgiraient
à des intervalles incertains, à des moments contraires,
faute de corps premiers qui de l’union créatrice
puissent être détournés par la saison mauvaise.
Et pour grandir enfin, ils ne mettraient nul délai
à rassembler leurs principes, s’ils s’accroissaient de rien.
Les petits enfants soudain deviendraient adultes
et du sol brusquement les arbres jailliraient.
Mais rien de tel ne se voit, car tout croît peu à peu,
comme il est normal, à partir de germes spécifiques,
et conserve son espèce.
Ainsi donc, tu le sais :
chacun s’accroît et se nourrit d’une matière propre.
La terre, sans certaines pluies saisonnières,
ne réussirait pas à produire ses fruits, notre joie,
et les êtres animés, sans nourriture, ne pourraient
propager leur espèce ni conserver la vie.
Conçois donc un grand nombre de corps
communs à maintes choses, comme les lettres aux mots,
au lieu de croire que rien puisse exister sans principe.
Pourquoi la nature n’a-t-elle pu agencer
des hommes capables de traverser à gué les océans,
d’abattre de leurs mains les hautes montagnes
et de vaincre en longévité des siècles de vivants,
sinon parce qu’un matériau fixe préside à toute création
et définit ce qui peut naître, invariablement ?
Rien donc ne peut naître de rien, nous devons l’admettre
puisque tout a besoin de semence pour se former
et s’élever dans les tendres souffles de l’air.
Enfin, les sols sont plus fertiles cultivés qu’en friche ;
sous nos mains, nous les voyons donner de meilleurs fruits.
La terre renferme donc des éléments premiers ;
lorsque la charrue retourne les glèbes fécondes,
en labourant la terre, nous les faisons éclore.
S’ils n’existaient pas, sans travail de notre part,
nous verrions tout de soi-même s’améliorer.

Lucrèce – De la nature – De rerum naturaTraduit par José Kany-Turpin
Édition bilingue – GF Flammarion – 1997 -
LUCRÈCE  JC – poète et philosophe latin. (en latin TITUS LUCRECIUS CARUS) – moins 98 -55 av Son oeuvre se résume dans un unique mais long poème « De natura rerum » De la nature dont nous avons ici un extrait
 

Le Platane de Francis PONGE

Le platane

Tu borderas  toujours notre avenue française pour ta simple marbrure et ce tronc clair, qui se départit sèchement de la platitude des écorces

 Pour la trémulation* virile de tes feuilles en haute lutte au ciel à mains plates plus larges d’autant que tu fus tronqué,

Pour ces pompoms aussi, ô de très vieille race, que tu prépares à bout de branches pour le rapt du vent,

Tels qu’ils peuvent tomber sur la route poudreuse ou les tuiles d’une maison … Tranquille à ton devoir tu ne t’en émeus point :

Tu ne peux les guider mais en emets assez pour qu’un seul succédant vaille au fier Languedoc

A perpétuité l’ombrage du platane.

 * Tremblement à secousses rapides et peu accusées.

Edité par NRF – Poésie/GALLIMARD

La vallée de la lune

·         La vallée de la lune  (extrait du chapitre XXI) Jack LONDON

Jamais, au cours de leurs pérégrinations, Saxonne n’avait vu un paysage comparable à celui qui les accueillit au sortir du fourré. Le sentier indécis se confondait sur le sol meuble de la forêt parmi les ombres rougeâtres des vastes séquoias et des chênes dominateurs.Toutes les variétés locales d’arbres et de lianes S’étaient réunies pour tisser un dôme de verdure, érables, grands madronos, lauriers et chênes-lièges imposants, escaladés, enveloppés et reliés par des vignes vierges flamboyantes.  Saxonne appela l’attention de Billy sur un
talus tapissé de mousse et de fougères à cinq doigts. Toutes les pentes Semblaient avoir convergé pour creuser ce berceau colossal de la forêt.
 Le sol humide et spongieux fléchissait Sous les pieds. Un, ruisselet invisible murmurait sous les arbustes à larges feuilles. De tous côtés s’ouvraient des éclaircies ravissantes, où les jeunes séquoias se groupaient, tranquilles et majestueux, autour de leurs ancêtres géants dont les souches en décomposition, enfouies sous la mousse, atteignaient encore au garrot des chevaux. Librairie HACHETTE 1965 – Collection dirigée par Francis LACASSIN

Les Jardins d’Antoine-Marin LEMIERRE 1733/1793

LES JARDINS

J’aime la profondeur des antiques forêts,La vieillesse robuste et les pompeux sommetsDes chênes dont, sans nous, la nature et les âgesSi haut sur notre tête ont cintré les feuillages.On respire en ces bois sombres, majestueux,Je ne sais quoi d’auguste et de religieux -.C’est sans doute l’aspect de ces lieux de mystère,C’est leur profond silence et leur paix solitaireQui fit croire longtemps chez les peuples gauloisQue les dieux ne parlaient que dans le fond des bois.Mais l’homme est inégal à leur vaste étendue;Elle lasse ses pas, elle échappe à sa vue;Humble atome perdu sur un si grand terrain,Même au milieu du parc dont il est souverain,Voyageur seulement sur d’immenses surfaces,L’homme n’est possesseur qu’en de petits espaces;Au-delà de ses sens jamais il ne jouit;S’il acquiert trop au loin, son domaine le fuit;Ainsi, fier par instinct, mais prudent par faiblesse,Lui-même il circonscrit l’espace qu’il se laisse;II vient, sur peu d’arpents qu’il aime à partager,Dessiner un jardin, cultiver un verger;II met à ces objets ses soins, ses complaisances,Épie en la saison le réveil des semences;Et, parsemant de fleurs le dos qu’il a planté,II étend le terrain par la diversité. Peut-être dans nos jours le goût de l’industriePour la variété prend la bizarrerie.Dans de vastes jardins l’Anglais offre aux regardsCe que la terre ailleurs ne présente qu’épars,Et, sur un sol étroit, en dépit de l’obstacle,Le Français est jaloux de montrer ce spectacle.Qui ne rirait de voir ce grotesque tableauDe cabarets sans vin, de rivières sans eau,Un pont sur une ornière, un mont fait à la pelle,Des moulins qui, dans l’air, ne battent que d’une aile,Dans d’inutiles Prés de vaches de canon, ,Un clocher sans chapelle et des forts sans canon,Des rochers de sapins et de neuves ruines,Un gazon cultivé près d’un buisson d’épines,Et des échantillons de champs d’orge et de blé,Et, dans un coin de terre, un pays rassemblé ?  Agréables jardins, et vous, vertes Prairies,partagez mes regards, mes pas , mes rêverieJe ne suis ni ce fou qui, de bizarre humeur,Reclus dans son bosquet, végète avec sa fleur,Ni cet autre insensé ne respirant qu’en plaines,Qui Préfère à l’oeillet l’odeur des marjolaines.Je me plais au milieu d’un dos délicieuxoù la fleur, autrefois monotone à mes yeux,S’est des couleurs du prisme aujourd’hui revêtue;Où l’homme qui l’élève . et qui la perpétue,Enrichit la nature en suivant ses leçons,Et surprend ses secrets pour varier ses dons. De jour en jour la terre ajoute à ses largessesFlore a renouvelé les festons de ses tressesLe chèvrefeuille s’enlace autour des arbrisseaux,Émaille le treillage et pend à des berceauxoù j’ai vu le lilas et l’anémone éclore,L’oeillet s’épanouit, la rose se colore.Un humble et long rempart, formé de thym nouveau,Sert agréablement de cadre à ce tableau ;Le myrte et l’oranger, sortis du sein des serresDe leurs rameaux fleuris décorent parterres ,Et, sur des murs cachés, les touffes de jasminsFont disparaître aux yeux les bornes des jardins.

LEMIERRE Antoine-Marin (1733-1793)

Mille et cent ans de Poésie française – Collection Bouquins – Edition LAFFONT 1991